mercredi 13 août 2008

« Je suis pauvre, et mes rêves sont mes seuls biens. Je les déroule sous tes pas. Marche doucement, car tu marches sur mes rêves... »


Des Balkans au Caucase, des montagnes basques aux landes d'Irlande, la bêtise des hommes et l'utilitarisme économique, l'obsession de pouvoir de frustrés de tout bord tuent et pillent, non seulement des individus, mais des cultures, des langues, des rêves.
Il est peu plaisant de se mêler de ces basses affaires, pourtant, elles remettent en cause le ou les mondes auxquels nous tenons, il serait peut être temps, des montagnes d'Euskadi aux oliviers de la terre d'Oc, des landes d'Irlande ou d'Ecosse, de Tintavel à Marienbad, de se réveiller, de réveiller Morgane et Mélusine, Siegfried et Bruce, un seul mot, un seul message:
résistance, widerstand!

L’OEIL D’UNE AIGUILLE

Tout le cours grondant
Émergea de l’oeil d’une l’aiguille;
Choses incréées, choses disparues,
De l’oeil de l’aiguille continuent de percer.

A NEEDLE’S EYE

All the stream that’s roaring by
Came out of a needle’s eye;
Things unborn, things that are gone,
From needle’s eye still goad it on.

William Butler Yeats

mardi 12 août 2008

Once upon a time


Il était une fois un petit peuple de créatures oranges, plus petit que le Petit Peuple, que les nains de jardin ou les korrigans.
Restant lui-même et vu de haut il était fort sympathique et suscita de l'intérêt chez ses voisins du monde des plus grands.
Il fit un beau score à l'élection du monarque républicain, et malheureusement se prit des mêmes ambitions que ses voisins moins petits.
Il avait de belles idées, de beaux rêves, et même de bonnes propositions, mais il ne put remplacer le vieux monarque sur le départ, son représentant fut troisième.
Mais son ambition était là, il se dit à quoi bon de bonnes idées, de beaux rêves, de bonnes propositions si on ne gagne pas, faisons comme les voisins, du marketing! les idées ont les piquent à droite, on les piquent à gauche, et on mélange le tout!

Le résultat ne fut pas probant, mais l'ambition, horrible maladie, gagna ses rangs, untel veut être maire, l'autre député, mais il y a un autre untel et un autre...
Le Peuple Orange voulut s'organiser et se doter de directions, nationales et catastrophe, départementales, l'ambition pris du poids, beaucoup de poids, et toucha nombre de membres du peuple orange, autrefois si pacifiste!

Ainsi commencent les guerres picrocholines du Peuple Orange, malheureusement il n'a pas de
Frère Jean des Entommeures pour arrêter ce dur conflit (si, si!) mais heureusement il n'a pas d'abbaye de thélème à préserver.

vendredi 8 août 2008

Journée dure émouvante dans le plus beau des villages




Curieuse journée,très mal commencée hier soir, pic d'émotion ce matin et apaisement cet après midi. La route vers le village a été tendue, une fois arrivé, la magie du lieu a calmé la tension, ne la pas fait disparaitre mais la rendue plus douce, puis nous nous sommes retrouvés.
Retour dans la chaleur, oubli de mon téléphone dans la voiture de T, acte manqué sûrement..
Je remonte demain seul, attend quelqu'un dimanche, improbable mais peut être, non?
Billet hermétique destiné à ceux qui savent. Je ne citerai pas le nom du Village, pour moi c'est Le Village.

mercredi 6 août 2008

Le Désir de peindre


Pour Tiphaine, après cette si agréable soirée d'hier soir, un peu perturbée par cette engeance moderne nommée téléphone portable.. mais si utile. En espérant ne jamais dire "comme il y a longtemps qu'elle a disparue".. et sans oublier que l'artiste est homme!

"Malheureux peut-être l'homme, mais heureux l'artiste que le désir déchire!

Je brûle de peindre celle qui m'est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu'elle a disparu!

Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante. En elle le noir abonde: et tout ce qu'elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l'éclair: c'est une explosion dans les ténèbres.

Je la comparerais à un soleil noir, si l'on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l'a marquée de sa redoutable influence; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d'une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l'herbe terrifiée!

Dans son petit front habitent la volonté tenace et l'amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l'inconnu et l'impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d'une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d'une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.

Il y a des femmes qui inspirent l'envie de les vaincre et de jouir d'elles; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard."

C. Baudelaire - Le spleen de Paris

mardi 5 août 2008

Dédicace pour un roseau triste



Traverser la rivière sur une tige de roseau

Par un pratiquant de Falun Gong


Bodhidarma, le fondateur du Bouddhisme Zen, arriva un jour à la rivière Yangtze, il n'y avait ni pont ni bateau, alors il se tint sur une tige de roseau, et traversa la rivière.

lundi 4 août 2008

Décadent, décadence


" J'aime, trancha Verlaine, le mot de décadence tout miroitant de pourpre et d'ors. J'en révoque, bien entendu, toute imputation injurieuse et toute idée de déchéance. Ce mot suppose au contraire des pensées raffinées d'extrême civilisation, une haute culture littéraire, une âme capable d'intensives voluptés. Il projette des éclats d'incendies et des lueurs de pierreries. Il est fait d'un mélange d'esprit charnel et de chair triste et de toutes les splendeurs violentes du bas-empire; il respire le fard des courtisanes, les jeux du cirque, le souffle des belluaires, le bondissement des fauves, l'écroulement dans les flammes des races épuisées par la force de sentir, au bruit envahisseur des trompettes ennemies. La décadence, c'est Sardanapale allumant le brasier au milieu de ses femmes, c'est Sénèque s'ouvrant les veines en déclamant des vers, c'est Pétrone masquant de fleurs son agonie. C'est encore, si vous voulez prendre des exemples moins éloignés de nous, les marquises marchant à la guillotine avec un sourire, et le souci de ne pas déranger leur coiffure. C'est l'art de mourir en beauté"

Verlaine, été 1886, entretien avec Ernest Raynaud

image:
Verlaine par Edgar Chahine

dimanche 3 août 2008


Certains ont comparé Des Esseintes à Montesquiou, peut-être, peut-être d'Annunzio, peut être... la rareté de ces hommes en fait un point commun.

"J
'ose me comparer à l'une de ces fleurs que l'Extrême-Orient nous apprend à amplifier en supprimant des tiges voisines. Dans l'ordre de l'humanité, la nature se charge de la chose et opère toute seule ces récessions grossissantes. Aurais-je été quelque chose comme ce chrysanthème échevelé, hypertrophié, dix mille fois saupoudré d'or ? Un aristocrate sans pair ?"
R. de Montesquiou - 1910

Robert de Montesquiou
à Neully

1910